Revue médicale de Bruxelles

Nous avons lu pour vous « Le livre de Joseph »  – Stéphane Louryan

Notre collègue Bernard Dan, brillant neuropédiatre à l’Hôpital des Enfants, est aussi un grand écrivain. Personnalité protéiforme, à l’esprit vif et à l’intelligence multidirectionnelle, il a entrepris de nous transmettre une sorte de testament philosophique.

Ce petit livre correspond à une longue introspection, menée un peu à son corps défendant par un dentiste parisien répondant au nom de Jean-Paul Rakover et coincé dans l’aéroport de Varsovie suite à un avion manqué et une grève inopinée. Ne disposant que de son cerveau et son ordinateur portable, il prend peu à peu conscience d’être une sorte de marrane

Evoquant tour à tour les souvenirs des propos de sa mère et le journal de son grand- oncle Joseph, qui connut le ghetto de Varsovie, le naufragé des airs se laisse glisser sur les flots d’une pensée non contrôlée, et aborde d’innombrables rivages, qui ont pour noms Dieu, la Pologne, Jean-Paul  II, la Torah… La pensée se laisse bercer par le flux du temps, capote parfois, au rythme d’incidents tels que la rencontre avec un autre passager, une carte de crédit refusée, la visite aux toilettes, où le moindre petit changement prend l’allure d’un fait marquant.

Chaque passage prend sens chez le lecteur : qui n’a pas ainsi connu une longue période d’attente, où la pensée ne se contrôle plus, file et virevolte, aboutissant en questionnements métaphysiques, en quête de la singularité ontologique et du mystère de nos origines ?
Rakover découvre progressivement sa judaïté, mais aussi se sent orphelin de quelque chose qu’il n’a jamais connu. Il tente de construire sur des fondations fuligineuses, faites de souvenirs, de lectures, de brèves pensées qui passent et repassent. Les doutes se succèdent, pour se muer progressivement en repères qui pourront consolider son être.
Exercice d’écriture presque automatique, de pensée libre, l’ouvrage nous permet d’entrer en la conscience d’un véritable fils de la veuve lui-même orphelin qui explore l’incertitude du soi.
La singulière originalité du texte est que chacun peut, à sa lecture, se substituer à Jean-Paul Rakover, devenir lui-même, et explorer ainsi la caverne de ses origines, pour tenter d’en trouver la sortie qui débouche vers la lumière de la conscience revivifiée par un parcours réellement initiatique. Comme l’écrit joliment l’auteur à la dernière page : « la fin arrive : la fin de rien ». Et cela est bien vrai : la vérité est ailleurs.
Louons le talent, l’érudition et la sincérité de Bernard Dan : il nous a donné un outil pour mieux nous chercher nous-mêmes, et peut-être pour nous découvrir…un jour, peut-être.
Stéphane Louryan

Lien vers l’article en pdf

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