Wolvendael

Qui suis-je? – Philippe Golard

Son éditeur ? Rien de moins en effet que la maison littéraire créée en 1987 – catalogue de 1.800 titres – de Vaclav Havel, le dissident tchèque devenu président (décédé en cette mi-décembre) mais aussi du père des indignés du globe, Stéphane Hessel, hyper médiatisé depuis la sortie de son livre «Indignez—vous». Dans ce premier écrit romancé imaginé en 2006 mais publié fin 2011 et sortant de sa spécialité professionnelle, le neuropédiatre (œuvrant à l’Huderf) Bernard Dan met en scène la quête identitaire du dentiste parisien Jean-Paul Rakover. «Un homme plein de certitudes au point d’en être parfois grotesque et chez qui tout le monde en prend pour son grade.» Le livre est plutôt dans le registre tragi-comique et, pour tout dire, d’un humour parfois très grinçant. Au retour d’un déplacement professionnel, Rakover est bloqué par un mouvement de grève à l’aéroport de Varsovie. Il va employer cette inactivité forcée pour creuser sa propre histoire… avec son laptop pour seule arme, en bénissant mille fois l’accès aisé au wi-fi des lieux publics. En réalité, le «héros» n’a pour famille que sa mère, Maman Régine. Il ignore tout de ses racines, de ses origines. Quitte à fantasmer, inventer, enjoliver, le voilà aux cotés de Joseph (Yosl) l’oncle…présumé, au cœur du ghetto polonais, face aux nazis.

Deux sous le coude

L’humanité tout entière se pose les mêmes questions : Qui suis-je ? D’où viens-je ? Et où vais-je ? Mais ici, il y a de surcroît une dimension très personnelle, celle d’un «juif athée.» Dans cet «essai-roman» mené à train d’enfer, les détournements autobiographiques se mêlent subtilement à la fiction.«J’en joue même.» Contrairement au narrateur, Bernard Dan est né à Bruxelles, fruit de l’union d’une mère autrefois enfant cachée en Hautes Pyrénées pendant l’occupation et d’un père ashkénaze vivant d’abord au Maroc. Ils se sont rencontrés à Tel Aviv, avant d’opter pour la Belgique où, après Spa et Liège, le couple tiendra un hôtel boulevard d’Anvers (quartier Nord) tout en se domiciliant à Uccle. L’auteur, leur fils, a baigné dans le judaïsme,«qui est plus qu’une religion mais n’est pas une nationalité quoique je n’en sois pas convaincu. C’est en tous les cas une culture dépassant la religion.»

Son secret? Le. . . vélo

Egalement prof à l’Ulb, ce spécialiste trouve en plus, outre l’éducation de sa progéniture, le temps d’écrire des romans — le prochain est soumis en ce moment chez le même éditeur – grâce à la pratique… du vélo. Depuis une bonne décennie, Dan se rend et s’en revient en effet quotidiennement de l’Hôpital des Enfants (Huderf, Jette) en deux roues. «Toute l’année, quelle que soit la météo.» En juin 2012, l’habitant de Fort Jaco s’envolera vers l’Australie pour y recevoir un prix prestigieux de neuropédiatrie. De quoi encore peaufiner quelques chapitres d’un 3e roman traitant d’un petit village au Rwanda plongé dans l’atroce génocide que l’on sait : «comme mon héros du Livre de Joseph, je profite en effet des aéroports – je me déplace souvent pour des congrès, etc -, des nombreux vols et transits pour écrire des bouts de roman.»

Philippe Golard

«Le Livre de Joseph» par Bernard Dan, collection «Regards d’ici» aux éditions de I’Aube, 208 p., 16 €.

Paru en novembre, «Le Iivre de Joseph» est le premier roman publié de Bernard Dan, de Fort Jaco. D’autres vont suivre. Excusez du peu, chez l’éditeur de feu Vaclav Havel et Stéphane Hessel…

Lien vers l’article en pdf

Lien vers le journal Wolvendael  : article en p. 82

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s