Le Journal du Médecin

La quête identitaire d’un clinicien  – Premier roman, premier succès – Thierry Goorden

Chef de la clinique de neurologie de l’Hôpital des Enfants Reine Fabiola à Bruxelles, le Dr Bernard Dan vient de publier son premier roman, Le livre de Joseph. Une histoire écrite à la première personne, qui lui a été inspirée par le testament philosophique d’un combattant du ghetto de Varsovie retrouvé un jour dans les décombres mais qui s’est révélé être une fiction. L’auteur y intègre aussi des souvenirs fragmentaires des premières années de vie de sa mère, née en 1940, dont il découvrit sur le tard qu’elle avait été une enfant cachée ayant tu sa propre histoire.
Pour un premier roman, c’est assurément un coup de maître. Ce n’est sans doute pas un hasard si les éditions de l’Aube, maison bien connue en France et pépinière d’auteurs désormais célèbres, a fait le pari d’accueillir Bernard Dan et surtout de signer avec lui un contrat d’exclusivité pour ses deux prochains romans… Le livre de Joseph à peine paru, ce neuropédiatre passionné par son métier -il fait aussi de la recherche sur le développement et le fonctionnement du cerveau et enseigne la neurophysiologie à l’Université Libre de Bruxelles – a déjà soumis un deuxième ouvrage pour publication. Jusqu’à présent, pourtant, son écriture était uniquement médicale: Bernard Dan est co-auteur du livre Handicaps et déficiences de l’enfant (De Boeck, 2001) et l’auteur du livre Angelman Syndrome (Wiley, 2008). Il a obtenu le Prix Socrate en 2008.

Mais ne brûlons pas les étapes. Parlons de son nouveau-né. «J’ai toujours un petit peu écrit pour moi, nous explique-t-il. Alors que je me rendais à un congrès en Pologne, j’avais découvert peu de temps auparavant un texte qui m’a semblé intéressant intitulé «Yosl Rakover s’adresse à Dieu» et qui est le témoignage d’un combattant du ghetto de Varsovie que l’on a retrouvé dans les ruines après la 2e Guerre. Je suis parti de là pour mon personnage, Jean-Paul Rakover, un dentiste parisien qui se retrouve lui-même bloqué à l’aéroport de Varsovie et découvre sur Internet l’existence d’un certain Joseph Rakover avec lequel il se devine un lien de parenté qu’il poursuivra très loin, jusqu’à découvrir que Yosl est en fait un personnage de fiction. Alors il part à la recherche de ses racines et va déconstruire son identité, puis se reconstruire, avant de comprendre que sa mère avait été une enfant cachée et qu’elle a tout fait pour l’élever en le protégeant de la connaissance de son histoire familiale».

Amené à se déplacer fréquemment pour des congrès, Bernard Dan aura écrit pratiquement tout son livre lors de ses voyages en avion ou en attendant d’embarquer dans des aéroports. «Ce sont également toutes mes réflexions, en me promenant dans Varsovie, et dans la foulée de ce congrès, que j’ai eu hâte de vouloir intégrer dans une fiction, en mettant de la distance par rapport à mon propre métier et en utilisant l’humour». Son roman est teinté de pas mal d’humour parfois aussi énorme qu’il est décapant, pour traiter un sujet, somme toute, assez dur. On y découvre un personnage, en réalité très fier de sa condition, ayant du mépris pour tout le monde, Polonais, Américains, catholiques et juifs, imbu de sa personne. Bernard Dan distille aussi à travers son récit pas mal d’éléments le concernant ou qui l’ont concerné. Eléments qui, en réalité, servent également de prétexte par rapport à une réflexion identitaire. «Ma maman, qui s’est cachée avec sa famille à Bernac-Debat (Hautes-Pyrénées) pendant la 2e Guerre mondiale, parle très peu de son histoire», nous précise-t-il, presque en le regrettant.

Force est de constater que l’écriture d’un roman n’est pas chose courante dans le milieu médical. Ce clinicien nous précise que lui en a eu besoin comme un souffle de liberté, étant engagé à fond dans sa spécialité au quotidien, et pour ouvrir une autre dimension à sa vie. Et s’il a songé, un moment, prendre un pseudonyme, il y a finalement renoncé, préférant trouver en lui la force et la cohérence nécessaires à l’écriture de ce premier roman, au travers d’une activité littéraire dans laquelle il se retrouve facilement en dehors de ses activités à l’hôpital.
Thierry Goorden

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